Été 2024, Brezoi, Roumanie
Où se trouve Brezoi et comment se constitue le terrain de Terrra ?
Brezoi est une ville située au sud-ouest de la Roumanie, dans les Carpates. La région est parcourue de ruisseaux et de rivières. C’est un paysage de forêts, principalement de hêtres puis de chênes et de conifères sur les sommets. Les sols de Brezoi sont des sols forestiers sur un sous-sol calcaire. Aux abords des cours d’eau, les sols sont sablo-limoneux avec des poches d’argile dans les prairies (exploitées dans les villages pour la construction). Cette partie de la Roumanie est encore cultivée de façon assez traditionnelle, par une petite paysannerie mélangeant élevage, culture et sylviculture. Cela se voit toujours dans le paysage, notamment à la taille modeste des parcelles.

Comme nous l’expliquions dans notre précédent article, c’est dans cette région que l’Atelier d’architecture autogérée (AAA) a choisi de créer Terrra, un projet d’école du jardin planétaire inspiré des idées de Gilles Clément. Le lieu accueille des résidences et des activités artistiques, sur les paysages et l’architecture, ponctuées par un séminaire annuel regroupant des invité·es de toute l’Europe.
S’étendant sur 6000 m², le terrain de Terrra est composé d’une parcelle de forêt, d’un verger en pente forte, d’une prairie et d’un ruisseau à sec une partie de l’année.
Nous avons remarqué une forte présence de sables fins dans les sols de la forêt, du verger et de la mare. Ces sols retiennent peu l’humidité s’ils ne sont pas couverts.
Il y a une différence importante de température entre la forêt et les abords des maisons. Bien que situé sur le versant nord, le terrain bénéficie d’un fort ensoleillement.Le bâti est concentré sur la partie nord du terrain, qui est aussi sa partie basse. Un parking donne sur la route, à proximité de l’ancienne maison et son annexe (cuisine, atelier, salle de stockage). Un peu plus haut sur le terrain, le nouveau bâtiment a été construit par Terrra. C’est un lieu polyvalent : lieu d’échange, de savoirs, de conférences et de discussion, il accueille aussi les participants pour manger ou pour dormir. Deux grandes terrasses en bois lui sont adjointes pour profiter du soleil ou de l’ombre selon le besoin. Le toit végétalisé offre un point de vue imprenable sur le terrain et la vallée.

Le nouveau bâtiment est entouré d’un espace en friche et, dans sa partie basse, tassé par les travaux, ainsi que d’une prairie et d’un verger sur la partie haute. De grands arbres bordent la propriété au nord-ouest et la partie sud est couverte de forêts. Un petit ruisseau à sec en été descend de la forêt et sort de la propriété par l’ouest. Une mare a été creusée à proximité de sa sortie pour bénéficier du trop plein lors de la fonte des neiges ou de gros orages.

Dans le cadre de la résidence proposée en 2024 par Terrra, nous avons travaillé sur l’aménagement paysager du site. Nous avons réfléchi l’espace dans son ensemble avec plusieurs propositions dont seulement quelques-unes ont été mise en œuvre lors de la résidence.
Nous vous présentons ici l’ensemble des éléments et nous reviendrons, dans un autre article, sur les projets menés par la suite.
Le jardin d’agrément
Le terrain de Terrra est accessible depuis la rue. Il y a un garage (lieu d’exposition, de présentation, de lien social avec les habitants de Brezoi), un petit portail piéton en métal et une entrée de voiture fermée par un grillage.

Le terrain monte vers l’ancienne maison et le bâtiment de la cuisine. Cet espace en pente, orienté au sud, est ensoleillé et chaud. Un pêcher y pousse ainsi que des plantes spontanées (houblon, consoude, gaillet). Il pourrait être avantageux d’utiliser cet espace comme un jardin comestible et d’agrément. Nous avons remarqué au cours de nos promenades dans la ville la présence de grenadiers à fleurs (à fleurs doubles et ne produisant pas de fruits). Nous proposons d’installer un grenadier à fruits (Punica granatum), qui apportera du volume, de la couleur et de la nourriture. Nous avons imaginé un jardin de plantes aromatiques avec des arbustes. Quelques pierres pourraient être apportées pour faciliter de drainage du sol. Ces plantes sont colorées, et nécessitent peu d’entretien.
Espèces envisagées : mauve en arbre, grenadier, romarin, mélisse, immortelle d’Italie, thym commun, thym serpolet, lavande officinale, népéta à grandes fleurs, rosier glauque.
La mare, un lieu de biodiversité essentiel
Elle a été creusée en 2023. Le sol étant sableux, il n’offre pas d’étanchéité naturelle. Une bâche a donc été prévue. Lors de notre arrivée début août 2024, la mare était couverte de végétation. Ayant été creusée plus d’un an auparavant, il a fallu supprimer les plantes qui y avaient poussé (chicorée sauvage et rumex avec une très importante racine pivotante, silènes, graminées, ronces…) et qui pouvaient endommager la bâche. Le profil a été un peu retravaillé et les pierres coupantes ont été retirées. Avec les participant·es du séminaire, une couche épaisse de sable a été déposée avant la mise en place de la bâche. La mare récolte le trop-plein du ruisseau. Elle se remplit aussi avec les pluies de l’automne et de l’hiver.

La prairie
Elle s’étend à partir de la tour des toilettes sèches, le long du côté ouest du nouveau bâtiment, autour du vieux mirabellier, puis vers le verger et la forêt. Il s’agit d’une zone de prairie ensoleillée dans laquelle des chemins peuvent être entretenus. Un important cortège végétal s’y développe et elle offre gîte, couvert, habitat et lieu de reproduction à un important cortège d’insectes. C’est un lieu important pour la biodiversité, ouvert et chaud, qui complète les autres milieux : bords du ruisseau, lisière et espaces plus humides et frais de la forêt. Cet espace peut être entretenu en gestion différenciée, avec les cheminements et les zones les plus proches du bâtiment fauchées plusieurs fois par an, et les zones les plus éloignées, ou plus intéressantes pour la faune et la flore, fauchées une seule fois à l’automne, voire tous les deux ou trois ans.
L’esplanade entre les maisons : espace du commun, lieu de rencontres, d’arrivée et d’échanges
Il sert à la fois de parking, d’endroit où mettre les tables pour manger à l’extérieur. La petite terrasse est parfaitement exposée pour prendre un café au soleil le matin avec une vue époustouflante sur les Carpates, ses jeux de lumières et de nuages. Toutefois, c’est aussi un endroit extrêmement chaud en été, et il est presque impossible d’y rester entre midi et 17 heures. Nous avons eu des températures autour de 40°C. Créer de l’ombre semble donc essentiel. Cela peut être fait de deux façons : une pergola associée au bâtiment actuel de la cuisine et des pièces de stockage avec des grimpantes comme les vignes que l’on trouve traditionnellement devant les maisons de la région, ou un grand arbre qui viendrait apporter de l’ombre, comme un tilleul ou un Érable champêtre. Cet arbre pourrait être associé à un massif de vivaces et de plantes comestibles.
Espèces envisagées : noyer cœur du Japon, tilleul à grandes feuilles, pois de Sibérie, figuier, xanthocéras à feuilles de sorbier, vigne cultivée, cognassier, pommier domestique, érable champêtre.
La haie sèche
La haie de Benjes est un élément du paysage présentant de nombreux avantages dans un jardin-forêt. Nous l’avons positionnée en bordure du verger naturel et à proximité du toit végétalisé du nouveau bâtiment. La haie de Benjes et ses bénéfices seront présentés dans un autre article.
Le verger naturel, point central du jardin-forêt initié en 2024
Nous souhaitions créer ici un espace à la fois autonome et sauvage, fruitier et vivant. Nous nous sommes inspiré·es du travail de Maurice Chaudière sur les greffes sauvages pour implanter des variétés fruitières sur les espèces spontanées déjà en place.
Il a cependant fallu regagner sur la lisière de la forêt, après observation de la végétation spontanée, en sélectionnant les arbres, arbustes et vivaces à conserver afin de laisser assez d’espace au verger naturel et comestible.

Espèces envisagées : asiminier, cognassier, pommier du Kazakhstan, nashi, poirier commun, arbre-salade, amélanchier du Canada, goumi du Japon, goyavier de Montevideo, arbre aux clochettes d’argent, baie de mai, goji, ronce du Sichuan, poivrier du Sichuan, ginseng bleu, houblon, ramie, azérolier.
La clairière des ours de l’autre côté du ruisseau
C’est un projet mené en 2023 par Anthony Macharinov lors de la précédente session à Brezoi. La clairière, nommée ainsi par ses soins, est accessible par un pont en bois. Elle donne accès à un formidable roncier et ses succulentes mûres. Habitat favorable à la présence de l’ours, cette clairière joue avec l’imaginaire et nous invite à la rêverie et à l’observation (aucun ours ne nous a malheureusement fait l’honneur de sa visite, NDR).

La clairière fruitière, au-dessus de la clairière des ours
Un pont au-dessus du ruisseau pourrait être construit pour y accéder. Il s’agit aujourd’hui d’un roncier dense. L’idée est de venir y planter deux jeunes arbres fruitiers qui seront préservés des herbivores par le roncier. En grandissant et en apportant de l’ombre, les arbres feront régresser le roncier et il sera plus facile de venir le réduire.
Espèces envisagées : nashi, poirier commun.
Le chemin de la forêt : remonter la vallée vers la forêt et les espaces de fraîcheur
C’est une zone de lisière, entre ombre et lumière, où des fruitiers et des petits fruits peuvent être implantés directement dans les ronces ou en bordure de celui-ci.
Espèces envisagées : cassissier, groseillier, framboisier, groseille à maquereaux.
Espèces plantées pendant l’été 2024 : physalis (présent à l’état sauvage dans les vallées environnantes).
La terrasse arrière du nouveau bâtiment, ombragée par une avancée de toit
Afin d’accentuer cet ombrage, des plantes grimpantes pourraient être installées sur des câbles. Des ouvertures devraient être pratiquées dans la partie la plus haute afin de permettre aux insectes (principalement les insectes nocturnes attirés par la lumière le soir) de s’échapper. Ils sont actuellement coincés sous le toit.
La forêt : du vallon jusqu’à la source dans la prairie des communs
On y observe principalement des feuillus : bouleaux, merisiers, chênes, mais aussi des robiniers. La strate basse est principalement composée de fougères. C’est un lieu humide en hiver quand les pluies et la neige viennent augmenter le débit du ruisseau. En été, le lieu est plus sec mais il y fait frais. Le sol est très meuble et il faut faire attention à éviter le piétinement trop fréquent. Passer par le haut du verger naturel serait peut-être préférable.
Dans un prochain article, nous évoquerons les actions menées en 2024.
