J’ai découvert la faux en 2022, chez Olivier Tranchard, au Jardin du naturaliste1 où je préparais ma reconversion de jardinier. Déjà rétif à l’utilisation d’outils motorisés au jardin (nous y reviendrons), j’avais sauté sur la possibilité de débroussailler une large bande autour des haies du jardin avec une simple lame montée sur un manche en métal. J’ignorais encore qu’il s’agissait plutôt d’un fauchon que d’une faux, et qu’il existait des manches réglables beaucoup plus confortables, mais je n’avais pas besoin d’être convaincu davantage que je tenais entre les mains à la fois le passé de l’agriculture (encore que…) et le futur du jardinage et de la gestion des paysages.
Découvrez nos prochaines formations de fauchage à la faux

Formation fauchage à la faux
20 juin : 8h45 → 17h00
Venez apprendre à utiliser la faux dans votre jardin pour gérer vos prairies ou votre pelouse. Cette formation d’une journée aborde la présentation des outils, l’aiguisage et le battage, les gestes du faucheur, le ramassage et la valorisation du foin.
Formation fauchage à la faux pour les professionnels
7 juillet : 8h45 → 17h00
Vous êtes jardinier.es, vous entretenez des jardins, venez apprendre à utiliser la faux dans votre travail quotidien. Cette formation d’une journée aborde la présentation des outils, l’aiguisage et le battage, les gestes du faucheur, le ramassage et la valorisation du foin.
Imaginez : un outil efficace, ne produisant aucun bruit, aucune vibration, agréable et peu fatiguant à utiliser, léger, beau, et qui permet d’entretenir un lieu avec un impact très limité sur la nature, tout en observant la vie autour de soi, en écoutant les sons du jardin (ou la débroussailleuse du voisin 😒). Contrairement aux outils motorisés, qui ne procurent aucun plaisir à l’utilisation, l’activité de faucher permet de prendre le temps de réfléchir, entretient le corps au lieu de l’abîmer. Le geste est ample et doux. Tout cela sans aucune consommation d’énergie externe, sans pollution, avec du matériel fabriqué en Europe par des artisan·nes ou des petites industries préservant et valorisant des savoir-faire millénaires…
Lors de la création du Temps de la terre, la faux est donc, logiquement, devenue la porte d’entrée de la démarche fondée sur la priorité du respect du vivant que l’équipe souhaitait mettre au cœur de notre projet d’entreprise. Nous avons par la suite développé cette approche et notre maitrise des techniques de la faux pour proposer nos services d’entretien de jardins et de sites paysagers (tonte, débroussaillage, fauchage notamment) respectueux du vivant, sans bruit et sans moteurs, à des prix accessibles à tou·tes.
La tonte à la faux, c’est possible !

Nous insistons souvent lors de nos discussions avec le public sur le fait que le choix de recourir à la faux pour les travaux de tonte ou de fauchage n’est en aucun cas une approche nostalgique ou passéiste, mais qu’il constitue bien au contraire un pari pour le futur.
Pour commencer, les faux modernes, bien que restant artisanales, ont bénéficié des progrès des aciers, et d’une plus grande maitrise du travail du métal. Les manches ont été retravaillés en fonction des préoccupations actuelles en matière d’ergonomie et pour de meilleures postures de travail. Les faux d’aujourd’hui n’ont donc plus grand chose à voir avec celles du siècle dernier : plus légères, plus fiables, plus confortables, elles préservent autant la nature que l’utilisateur·ice.
D’autre part, le réalisme imposerait d’accepter qu’il est impensable de continuer à détruire et consommer autant de ressources pour l’entretien des jardins. 5 % des émissions de gaz à effet de serre des États-Unis sont émises par des tondeuses à gazon2… Dépenser autant d’énergie pour couper des brins d’herbe n’est vraiment pas raisonnable. Les outils électriques sont certes moins bruyants et ils ne polluent pas lors de leur utilisation, mais les émissions ne sont en réalité que déplacées : la production d’électricité reste très polluante (gaz, charbon, déchets nucléaires, construction de panneaux solaires ou d’éoliennes gourmande en métaux), les batteries et les infrastructures nécessaires à leur fonctionnement alimentent une économie extractiviste aussi destructrice que celle du pétrole3. La durée de vie beaucoup plus réduite des outils industriels ne fait qu’aggraver ce bilan. Changer nos pratiques d’entretien des jardins et des espaces paysagers (parcs, lieux publics, tiers-paysage) est donc un impératif pour le futur.
Un impact réduit sur la faune et la flore sauvages
Autre point important : l’impact de la technique d’entretien sur le vivant. Les insectes, petits mammifères (hérissons), amphibiens et reptiles, oiseaux, sont broyés par les machines, et ce d’autant plus que la vitesse et la taille de ces dernières rendent très difficile leur repérage éventuel. Le bruit et les vibrations qu’elles produisent amènent aussi les animaux à se terrer au sol au lieu de fuir, contrairement à une approche douce à pied avec un outil non motorisé. Des études montrent ainsi l’impact très fort du choix des techniques utilisés sur le taux de survie de la faune. Nous ne connaissons pas d’études comparatives incluant le travail à la faux, mais notre expérience nous permet de noter le très faible impact de celle-ci : la lame passe au-dessous ou au-dessus de la plupart des animaux rencontrés (ceux qui n’ont pas pu fuir en raison de leur taille en particulier), et la mortalité est donc très faible.
De même, il est très facile avec une faux de contourner une plante que l’on souhaiterait préserver, alors qu’un tracteur ne laisse pas l’opportunité, par sa vitesse et son manque de maniabilité, d’observer et d’éviter les plantes à conserver.

Utiliser la faux
La faux peut être utilisée pour faucher, tondre et débroussailler. Différents types de lames existent pour cela : les lames à herbe, pour l’herbe tendre, les jeunes tiges, les prairies jusqu’au début de l’été ; les lames intermédiaires, fabriquées dans des aciers plus durs et utilisées de l’été à l’automne car les tiges sont plus épaisses et fibreuses, ainsi que dans les endroits où se trouvent des orties, du rumex, des chardons ; et enfin les lames de fauchon, épaisses et plus courtes, pour le débroussaillage, les ronces, les jeunes arbres.
Outre le choix d’une lame appropriée et de qualité, le point le plus important pour bien faucher, de façon confortable et efficace, est l’aiguisage. Celui-ci se réalise, pour les lames à herbe et les lames intermédiaires, par battage au marteau et à l’enclumette (une toute petite enclume portable à ficher dans un billot ou dans le sol), puis à la pierre. Le battage permet d’affiner l’acier, ce qui permet d’obtenir le tranchant nécessaire à la coupe de l’herbe. Une pierre fine permet ensuite de maintenir le tranchant lors de la fauche.
L’apprentissage de cette technique indispensable est souvent négligé, et non signalé lors de l’achat des rares faux disponibles dans les grandes surfaces de jardineries. Entre la médiocre qualité de ces faux et l’absence de battage, les personnes qui se lancent dans l’aventure de la fauche à la faux sont souvent déçues du résultat obtenu, et abandonnent. De plus, même s’il est assez facile d’apprendre le geste de fauchage, il n’est pas toujours facile de l’exécuter correctement au début sans l’aide de quelqu’un·e qui le maîtrise.
Pour cette raison, Le temps de la terre propose des formations d’apprentissage de l’utilisation de la faux et de l’aiguisage par battage, pour les particuliers et les professionnels. Lors de ces formations, nous expliquons de façon détaillée le matériel, les techniques et la sécurité, et de façon succincte le séchage et l’emploi du foin après la fauche. De très bonnes vidéos explicatives sont par ailleurs disponibles sur internet (ici par exemple).

Nous travaillons par ailleurs avec notre partenaire Thibaud Morthelier de la boutique de La frontière pour proposer à nos client·es des manches de faux de qualité, réglables et fabriqués artisanalement en France, et des lames fabriquées en Italie (il ne reste à notre connaissance plus aucune fabrication de lames de qualité en France). Vous pouvez nous contacter pour obtenir votre matériel de fauchage en Normandie, ou vous rendre sur le site de La frontière pour les achats en ligne (le tarif est le même).

- Le jardin du naturaliste, 36 bis, rue Dufour Lebrun, 60590 Talmontiers, https://www.olivier-tranchard.fr/ ↩︎
- « Lawn Maintenance and Climate Change » — Princeton School of Public Affairs, 11 mai 2020. Voir également Felicity Barringe, «POLLUTION. Massacre à la tondeuse dans un jardin californien», Courrier international, 30 août 2006. ↩︎
- « Myanmar’s poisoned mountains », Global Witness, 9 août 2022, https://globalwitness.org/en/campaigns/transition-minerals/myanmars-poisoned-mountains/ ↩︎

